Histoire de mémoires , réalité ou mémoires transformées
Lors d'un " séjour " à SARAJEVO pendant l'hiver 93-94 j'éxecute quelques aquarelles figuratives d'un monde en ruine, d'une population hors du temps, démentelée et parfois désespérée.
Peu satisfait de ce travail et désireux d'être au plus près de mes émotions d'alors, je fais une première approche de l'abstraction pour dire autrement l'inhumanité, mais aussi le partage et la
solidarité. L'abstraction me permet alors d'inventer les mots qui manquent à mon pinceau. Il me semble possible , ainsi, de dire une autre réalité, de dessiner pour ma mémoire d'autres images.
Mais la facilité de cette abstraction n'est qu'apparente. Il me faudra plus de dix ans d'un long mûrissement nourri d'une autre vie professionnelle et de rencontres, por oser me détacher à
nouveau de la représentation figurative avec la série " un autre Monde "
De ma mémoire d'alors, ce temps recomposé fera surgir encore d'autres images. Et cette mémoire qui m'appartient sera pour l'autre, le spectateur de mes visions, le miroir de ses propres pensées.
La mémoire de sa vie, de ses besoins, de ses envies sera pour lui cet "autre Monde ".
Monde tellurique, magma de feu et de lumières. Mais aussi, et peut être surtout, un monde organique, masculin féminin. Ecrire autrement un monde surgit d'une mémoire inconsciente et cachée.
Et toujours la présence de l'eau. L'eau qui prend possession du papier et qui devient alors prolongement de soi. Puis arrivent les pigments avec les mélanges , directement sur le support, et le
temps se transforme au rythme du voyage des couleurs sur l'humide, du plus vif au plus lent en fonction du cycle . Les molécules de l'eau , indifférentes aux contreverses scientifiques, impriment
sur le papier la trace de leur propre mémoire. De leur long périple à travers le sol, à travers le temps , ces molécules marquent de leur histoire le désir du peintre de faire corps avec sa
matière. Fantasme ou réalité, la mémoire de l'eau s'inscrit dans chaque geste, chaque réussite ou chaque repentir dans ce travail dit dans "l'humide". Véhicule de cette mémoire à partager, l'eau
ne peut être bousculée ou précipitée. Elle devient maîtresse du temps............
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